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Photographies de tournage de « Golden Eighties » de Chantal Akerman, par Jean Ber

Xavier Jamet - 30 janvier 2018

En 1985, Jean Ber est embauché comme photographe de plateau sur le tournage du film Golden Eighties, de Chantal Akerman, qui va durer 8 semaines.
Retour en 15 clichés inédits (diaporama ci-dessous) sur cet été 1985.

Cela fait déjà 2 ans que le photographe arpente les plateaux de cinéma. Pour Jean-Louis Comolli (Balles perdues), Pierre Zucca (Rouge-gorge), Miklós Jancsó (L’Aube) ou Serge Gainsbourg (Lemon Incest). Travailler sur un tournage, c’est un rêve d’enfant qui se réalise, une manière de passer de l’autre côté de l’écran, même si de son propre aveu, la photographie de plateau est un art parfois un peu ingrat. On se cale derrière le cadreur du film, on s’adapte à la lumière du chef-opérateur, à l’axe de la caméra, au format horizontal… Pourtant, Jean Ber se souvient avoir joui d’une liberté totale sur le plateau d’Akerman : “j’ai rapidement dépassé le strict cadre de mon contrat de photographe de plateau, pour faire du making-of, et essayer de rendre compte au mieux de l’ambiance du tournage. C’était avant que l’agence Sygma n’envahisse le marché de la photographie de plateau, une parenthèse de liberté dont j’ai pu profiter aussi grâce à la confiance de Martine Marignac, la productrice du film.”

Le tournage - qui a lieu dans l’atelier de construction de Manu de Chauvigny, d'après les décors de Serge Marzoff - se déroule dans une ambiance studieuse et enjouée, déchirée par quelques moments de tension. "Le film était un hommage aux plus belles heures de la comédie musicale américaine, mais avec un budget restreint, et une chorégraphie minimaliste, qui forcément frustrait Chantal.”

Pour s’éloigner un peu de ces dissensions, Jean Ber fait alors un pas de côté. Il s’intéresse aux coulisses du tournage. Les répétitions, les séances de maquillage, les mises en place lumière… Il profite aussi des moments d’attente pour multiplier les portraits. “Les acteurs et actrices trouvent souvent le temps long sur un plateau, il y a beaucoup de problèmes techniques à résoudre, pendant lesquels je sympathise avec eux. Puis de fil en aiguille je leur propose de faire une série de portraits. Ma technique, c’est de m’approcher au plus près, de les apprivoiser aussi, car il y a parfois de la méfiance. Cette proximité, soulignée par un noir et blanc très contrasté, permet d’accentuer la force des visages, “pour leur voler leur âme en quelque sorte”.

"Souvent, j’arrivais avec mon boîtier argentique dans une loge mal éclairée au néon. Alors, mon flash dans une main, l’appareil dans l’autre, je travaillais au plus près des visages. En noir et blanc de préférence, comme mes maîtres.” Lors d’une pause, Chantal Akerman se prête au jeu, pour une série de portraits magnifiques. La cinéaste a 36 ans, elle rayonne dans son appartement, et en terrasse d’un café parisien.

Jean Ber, lui, ne tardera pas à s’éloigner de la photographie de plateau, lassé notamment par les tensions des tournages. Il devient photographe de presse, rejoint Libération, puis l’agence VU, pour qui il fait de nombreux portraits. Mais travaille aussi régulièrement pour l’hebdomadaire 7 à Paris, Première ou Jazz magazine. Sur son site internet, on retrouve dans ses beaux portraits de Michel Piccoli, Andrzej Wajda, Roman Polanski, Delphine Seyrig, David Cronenberg, Philippe Léotard ou Samuel Fuller cet oeil acéré qui avait magnifié le visage de Chantal Akerman, une après-midi de 1985.

Portrait de Chantal Akerman, 1985 (photographie © Jean Ber)


Jean Ber cède à titre gracieux à la Cinémathèque Française, ses droits d’auteur concernant les photos de tournage du film de Chantal Akerman « Golden Eighties » et ce pour la durée de la rétrospective des films de Chantal Akerman. Les photographies publiées sur cette page ne sont pas libres de droit : toute reproduction interdite sans accord préalable avec Jean Ber.


Xavier Jamet est responsable web à la Cinémathèque française depuis 2007. Il est co-fondateur du site DVDClassik et collabore au magazine Soap.