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La revue du web #5 : singes, félins, marijuana et le short de Silvana Mangano

4 septembre 2017

Au gré de la programmation, quelques trouvailles dénichées sur le web.

Night of the Apes

Night of the Apes

Classé parmi les meilleurs twists de l'histoire du cinéma, le premier volet de La Planète des singes réalisé en 1968 par Schaffner, est le début d'une incroyable saga et la première à vendre ses produits dérivés, dix ans avant Star Wars. Le film a révolutionné les techniques du maquillage, au point que l'acteur Roddy McDowall, alias Cornelius, ne quitte plus sa tête de singe, en pleine transformation dans ce home movie ou blagueur dans le Carol Burnett Show. Somptueux, les décors du village des singes mélangent les œuvres de Gaudi et les roches turques de la Cappadoce. Il faut voir les photos de Dennis Stock pour capter l'étrange beauté du tournage. À l'origine de cette aventure, Rod Serling, créateur de La Quatrième Dimension, souhaite reprendre cet épisode de la série TV, tout en adaptant La Planète des singes, le nouveau roman de Pierre Boulle, auteur déjà bien connu à Hollywood pour Le Pont de la rivière Kwaï. La Planète des singes est un tel succès que les producteurs commandent à l'écrivain une suite... refusée. Spécialiste du sujet, Xavier Mauméjean le raconte dans Planet of the Men, scénario de Pierre Boulle ou le refus exploité. Suivront neuf longs métrages, séries TV, BD, jeux vidéo, fanzines, cartes de bubble gums et autres (compilées ici) pour le plus grand bonheur des collectionneurs. La statue de la Liberté ensevelie à la fin du premier opus devient la référence suprême du genre post-apocalyptique. Évidemment, le film a toute sa place dans ce Blow up Singe au cinéma, et pour une révision complète de la saga, on lira l'article des Inrocks, avant de foncer à la Cinémathèque pour une Nuit spéciale Planète des singes, et enchaîner les 5 films des aventures de Charlton Heston !

Nuit Planète des Singes – Samedi 16 septembre à 21h30

Hippies Academy

Hippies Academy

Premier film américain de Milos Forman, tourné entre Au feu les pompiers ! et Vol au dessus d'un nid de coucou, Taking Off est une pépite passée incognito dans la filmo du cinéaste tchèque. Parti avec l'ami Jean-Claude Carrière à la découverte du Flower Power, mais plus proche des quadras que des « runaway kids » qui rejoignent les communautés hippies, Forman se penche finalement sur les parents démunis d'une ado fugueuse. Le scénariste revient sur la genèse de ce film charnière, mûri dans le contexte chaotique de 1968, entre Prague, Paris, New York et des nuages de marijuana sur fond de She's Leaving Home des Beatles. Forman scrute cette Amérique fracturée en « anthropologue sympathisant », dixit Carrière. Chacun en prend pour son grade, l'utopie hippie et les parents conservateurs. La démente scène de réunion de la Society for Parents of Fugitive Children, où l'on apprend à fumer des joints (et surtout, à ne pas « bogarter »), vaut à Taking off de figurer dans le top 5 du Blow up Drogues et cinéma. Une avalanche de ballades folk interprétées par Carly Simon ou Kathy Bates. La préférée du cinéaste, choisie pour le générique, sera reprise, après une cover disco iranienne, dans le dernier Blanche Neige par Lily Collins (fille de Phil). La forme qui rythme avec bonheur le film, ponctué par une série d'auditions d'ados chanteuses, renvoie au premier court de Forman, Konkurs. Prix spécial du jury à Cannes en 1971 ex-aequo avec Johnny Got His Gun, Taking Off sera un bide commercial aux États-Unis. Et pourtant, la marque de soda Royal Crown Cola le remarque et propose à Forman de réaliser une pub en reprenant l'idée du montage d'auditions, permettant au cinéaste de gagner son ticket pour l'Amérique et de poursuivre la carrière qu'on sait.

Taking off de Milos Forman – Samedi 16 septembre à 17h

Cat people

Cat people

Leçon de fantastique. « Moins on voit, plus on croit », mot d'ordre de Jacques Tourneur qui révolutionna le genre avec La Féline, produite par Val Lewton avec un budget dérisoire et des décors recyclés – dont l'imposant escalier de La Splendeur des Amberson. Contraintes et restrictions mènent le tandem à déployer des trésors d'ingéniosité dans la mise en scène de la peur et du suspense. En tête le fameux « effet bus », « Lewton bus » en V.O (père du « Jump Scare »), attribué au producteur dont Tourneur évoque la poésie. Une réalisation efficace et économique jouant du hors-champ et des éclairages noirs signés Nicholas Musuraca. Incarnée par un léopard noir nommé Dynamite, la panthère reste à l'ombre et on a d'yeux que pour la délicieuse Simone Simon, frenchie à Hollywood dont le minois félin a tapé dans l'œil de Val Lewton. Ex-mannequin et dessinatrice de mode, elle incarne parfaitement la styliste serbe persuadée d'être victime d'une malédiction ancestrale, la vouant à se transformer en panthère si elle succombe à l'amour... À l'inverse, Paul Schrader dans le remake de 1982, montre à grand renfort de maquillage et d'effets spéciaux la transformation de Nastassja Kinski et lui imagine une mère, moitié femme-moitié fauve, dans une scène coupée au montage. Bowie écrit la chanson titre de la BO signé Moroder. Le film de Tourneur inspire encore le nom du groupe La Féline. Une référence incontournable pour Carpenter, Craven ou Scorsese qui en parle dans A Personal Journey Through American Movies. Tavernier et Le Péron évoquent aussi l'art de filmer l'invisible chez Tourneur dans le documentaire d'Alain Mazars. À lire enfin l'analyse de trois moments fameux de Cat People, le film qui sauva la RKO, sur la paille depuis Citizen Kane.

La Féline de Jacques Tourneur - Samedi 9 septembre à 21h et jeudi 14 septembre à 21h30
La Féline de Paul Shrader - Dimanche 24 septembre à 19h
Jacques Tourneur, le medium d'Alain Mazars - Jeudi 21 septembre à 18h

Scopophilie

Scopophilie

Dans ses Histoire(s) du cinéma, Godard dit : « Si Hitchcock a été le seul poète maudit à rencontrer le succès, c'est parce qu'il a été le plus grand créateur de formes du vingtième siècle, et que ce sont les formes qui nous disent finalement ce qu'il y a au fond des choses. » Le réalisateur Steven Benedict les a compilées dans ce supercut. On y retrouve le motif du rideau et évidemment celui de la douche de Psychose qui inspira nombres d'artistes, Marion Cotillard ou Rihanna, mais aussi des vendeurs de rideaux de douche. On en profite pour découvrir qui se trouvait derrière, pendant le tournage de la douche de Marion Crane. Une mystérieuse playmate, non créditée au générique, à qui le journaliste Robert Graysmith, auteur de Zodiac, a consacré un livre, La Fille derrière le rideau de douche. De sa doublure nue, Janet Leigh n'en parle pas dans cet entretien de 1987 pour Cinéma Cinémas. Mais elle raconte comment tous les gars présents sur le plateau ont pu bien se rincer l'œil. Bain, voyeurisme, adultère, mise à mort, viol, sont au cœur du tableau qui cache le trou dans le mur par lequel Norman Bates épie Marion Crane. Suzanne au bain (ou Suzanne et les deux vieillards), peint au 17e siècle par Frans Van Mieris le Vieux, relate l'histoire d'une jeune femme observée pendant son bain, figure du désir sexuel suscité par le corps féminin, que Luc Vancheri analyse dans sa leçon d'iconologie sur Psychose.
Du corps de Mrs. Bates, on retient surtout la tête avec les orbites vides, celle qu'Hitchcock envoya par la Poste à l'adresse de Lotte Eisner qui eut un choc en ouvrant le cadeau. La conservatrice en chef de la Cinémathèque française ne s'attendait pas à voir apparaître cette tête momifiée, l'une des pièces les plus célèbres de l'institution.

Psychose d'Alfred Hitchcock – Jeudi 7 septembre à 14h30

La naissance d'Apu

La naissance d'Apu

Saviez-vous que Satyajit Ray était l'inventeur de quatre polices de caractères, dont le Ray Roman et le Ray Bizarre ? Artiste aux multiples talents, le génial cinéaste indien a illustré ses livres, ainsi que la plupart des affiches et matériel publicitaire de ses films. Pour sa première réalisation, il adapte un classique de la littérature bengalie, La Complainte du sentier de Bibhouti Bhoushan Banerji, pour lequel il avait déjà dessiné, en 1943, la réédition du roman destinée aux enfants. Il commence à travailler le scénario en 1948, époque où il rencontre Jean Renoir. Mais c'est finalement au retour d'un voyage en Europe en 1952, qu'il dessine sur les feuilles d'un grand carnet les premiers traits d'Apu et de sa famille, habitants pauvres d'un village du fin fond du Bengale. Peintes à l'aquarelle, annotées en bengali, parfois en anglais, les planches de dessins constituent une première version du film sous la forme d'un storyboard. Ray composait aussi la musique de ses films. Il parle de son rapport à la musique européenne et celle de l'Orient dans cet entretien donné à Pierre-André Boutang en 1989. Pour La Trilogie d'Apu, il fait appel au maître Ravi Shankar, dont on écoute quelques notes avant de courir voir et entendre La Complainte du sentier à la Cinémathèque.

La Complainte du sentier de Satyajit Ray – Mercredi 13 septembre à 14h30

Gilbert à la plage

Gilbert à la plage

Partie de campagne, Zéro de conduite et L'Atalante. Les trois films que Jacques Rozier emporterait sur une île déserte. Dans cet entretien de 1986 pour Cinéma Cinémas, il dit aussi préférer Godard à Truffaut et avoue avoir refusé le rôle de Guy Marchand dans Loulou de Pialat parce qu'il ne voulait pas se faire casser la gueule par Depardieu. S'il n'avait pas été cinéaste, il aurait été musicien ou marin pêcheur. La mer, c'est là qu'il préfère tourner ses films. En 1973, c'est sur la côte atlantique, du côté d'Orouët, qu'il réalise le film du même nom. Cette carte, pour mieux situer la station balnéaire vendéenne, et d'autres qui ont servi de décors aux films de bords de mer. Pour le rôle masculin, Rozier choisit un jeune prof de maths qui a « le physique d'un homme en vacances ». Bernard Menez se nomme ainsi lui-même et le raconte dans cette émission de France Culture diffusée en avril dernier. Tout juste quarante ans après son rôle de Gilbert le sentimental, l'acteur campe le personnage du père de Vincent Macaigne dans Tonnerre, premier long métrage de Guillaume Brac, cinéaste qui ne cache pas ses influences et cite volontier le film de Rozier. Notamment dans Un monde sans femmes, moyen métrage tourné en 2011, du côté d'Ault, sur la côte d'Opale, avec le même Macaigne, qui n'est pas sans rappeler le Menez du Côté d'Orouët.

Du côté d'Orouët de Jacques Rozier – Jeudi 14 septembre à 19h

Bella Ciao

Bella Ciao

« Les gens avaient enfin découvert une fille avec une belle paire de jambes. Ils n'en pouvaient plus des pensionnaires en uniforme, des vendeuses en tablier et des cyclistes en jupe-pantalon. En fait, j'étourdisssais littéralement le public. » En 1949, dans Riz amer, le short et les bas coupés de Silvana Mangano font sensation. La charge érotique est telle que pour son passage à la télévision française, le 26 mars 1961, le film de De Santis se voit apposer en bas à gauche de l'écran, pour la première fois de son histoire, le fameux carré blanc. « Son but vise à éviter au téléspectateur émotif et aux enfants en particulier, les spectacles traumatisants, qui peuvent heurter gravement leur sensibilité ». Car oui la Mangano, bien avant la scène de Mambo qu'elle tourne pour Anna d'Alberto Lattuada et que Nanni Moretti immortalise dans cette scène jubilatoire de Journal intime, « traumatisait » déjà le public en vampirisant Vittorio Gassman dans un inoubliable boogie-woogie, torride et provoquant. Mais Riz amer, c'est avant tout l'histoire des mondine, ces ouvrières des rizières de la plaine du Pô, des femmes « fortes, indomptables, comme on n'avait pas l'habitude d'en voir. Avec une liberté de mœurs et un esprit de lutte qui faisaient peur aux patrons, et aux hommes en général. Elles étaient diablement attirantes... » À lire : La mondina, naissance d'une icône dans les rizières italiennes, article du Temps, qui explique aussi comment les chansons de travail se sont peu à peu transformés en chants de protestation et sont devenus autant d'hymnes des luttes paysannes et syndicales du XXe siècle. Ce qui donne aussitôt envie d'écouter la chanteuse et ethnomusicologue Giovanna Marini, devenue, grâce à sa rencontre avec Pasolini en 1963, la voix des chants paysans et ouvriers italiens.

Riz amer de Giuseppe De Santis – Vendredi 15 septembre à 14h30

La playlist #5

La playlist #5

Qui aimes-tu ? / Alex Beaupain > Les Bien-aimés de Christophe Honoré
Jeudi 14 septembre à 18h

Séparés (Si nous étions jamais) / La Féline > La Féline de Jacques Tourneur
Samedi 9 septembre à 21h

Ungodly Fruit / Wax Tailor > To be or not to be d'Ernst Lubitsch
Dimanche 17 septembre à 14h30

Aquarius / Hair de Milos Forman
Samedi 9 septembre à 19h30

Ode to a Screw / Mary Mitchell > Taking off de Milos Forman
Samedi 16 septembre à 17h

Rondo alla Turca / Mozart > Amadeus (Director's cut) de Milos Forman
Dimanche 10 septembre à 20h

Magnificent Obsession / The Four Lads > Le secret magnifique de Douglas Sirk
Lundi 18 septembre à 14h30

Le Chemin du bonheur / Josephine Baker > Princesse Tam-Tam d'Edmond T. Gréville
Samedi 9 septembre à 20h30

La Chanson de Paris > Chansons de Paris de Jacques de Baroncelli
Dimanche 10 septembre à 20h30

Mon oncle / Franck Barcellini > Mon oncle de Jacques Tati
Mercredi 6 septembre à 14h30