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La revue du web #4 : esquimaux, pétrole, open space et couples mythiques

11 juillet 2017

Au gré de la programmation, quelques trouvailles dénichées sur le web...

Les glaces de l'entracte

Les glaces de l'entracte

Quel est le lien entre la crème glacée enrobée de chocolat vendue dans les salles de cinéma et Frank Zappa ? La première, créée par Christian K. Nelson en 1922, est commercialisée pour la première fois pendant l'entracte de la projection de Nanouk l'esquimau de Robert Flaherty. Son nom est tout trouvé. Le célèbre Inuit inspire aussi Frank Zappa qui lui consacre en 1974 un album entier : Apostrophe (rien à voir avec Bernard Pivot), relecture un brin scato imaginée comme habillage musical du film de Flaherty. Surtout, on écoute le conseil avisé du musicien : Don't eat the yellow snow !
Premier documentaire ethnographique de l'histoire du cinéma, Nanouk l'esquimau, est la référence absolue pour nombre de cinéastes dont Jean Rouch qui découvre à l'âge de 6 ans qu'il existe une autre forme que la fiction, même si Flaherty a largement scénarisé l'histoire et la vie du chasseur inuk. Le jeu de Nanouk et de sa famille est soumis aux exigences techniques et de la mise en scène : Flaherty ne filme pas ce qu'il voit, il filme pour voir.

Nanouk l'esquimau de Robert J. Flaherty – Mercredi 12 juillet 2017 à 14h30

Open space

Open space

Jack Lemmon, en modeste employé d'une grande compagnie d'assurance new-yorkaise, prête son petit appartement à ses supérieurs pour leurs relations extra-conjugales afin de monter en grade, et tombe amoureux de la naïve liftière, Shirley MacLaine. Pour La Garçonnière, Fred MacMurray, le monsieur Disney de l'époque, ne résiste pas à la tentation de retrouver Wilder (après Assurance sur la mort), au risque de noircir son image dans le rôle du cadre sans scrupules. On passe du rire aux larmes aussi vite que la clé de l'appartement de main en main. Mention spéciale aux impressionnants décors d'Alexandre Trauner, de l'antre du célibataire à l'immense open space anonyme de la société, dans la lignée des bureaux déshumanisés de Mon Oncle. Une satire sur l'entreprise qui compte parmi les 10 films ayant inspiré la série Mad Men, mais aussi un touchant film de Noël. On écoute la présentation par Charlotte Garson, qui préconise la vision sur grand écran de ce chef-d'œuvre aux 5 Oscars, tourné en noir et blanc à l'heure où la couleur était de mise. Film préféré de son réalisateur avec Le Gouffre aux chimères, La Garçonnière figure aussi parmi les favoris de David Lynch.

La Garçonnière de Billy Wilder – Vendredi 14 juillet à 14h30

Je t'aime moi non plus

Je t'aime moi non plus

La rencontre entre Werner Herzog et Klaus Kinski est déjà à elle seule une histoire invraisemblable. Tout commence à Münich en 1955, dans le foyer où vient d'emménager la mère du jeune Werner, 13 ans, et ses trois fils. On y accueille souvent des artistes et la famille se voit partager l'appartement pendant trois mois avec un jeune comédien. Il est habité par une sorte de folie, une rage intérieure, il s'appelle Klaus Kinski. Le futur réalisateur est aussitôt impressionné par celui qui deviendra son acteur fétiche des années plus tard. Leur histoire passionnée et sulfureuse est à réécouter ici. Aguirre, la colère de Dieu est leur premier film (ils en feront 5 ensemble). Un tournage fou (quelques photos par-là), aux confins de la jungle amazonienne, raconté par Herzog, 27 ans après, dans Ennemis intimes. « Aguirre est le fleuve de notre destin au sens littéral et direct du terme. » disait Herzog dans cette interview donnée en 1999 pour les Inrocks. Il fait partie de la liste des plus grands films tournés dans la jungle, dans laquelle figure Fitzcarraldo que les deux hommes tourneront 10 ans plus tard. Et aussi Apocalypse Now, pour lequel Coppola avoue avoir cité par deux fois le film d'Herzog.

Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog – Samedi 15 juillet 2017 à 19h30

Pilule rouge ou bleue ?

Pilule rouge ou bleue ?

« Matrix est complètement dans l'esprit du temps. L'utilisation des références religieuses est à l'image du paysage religieux d'aujourd'hui, qui ressemble à une sorte de grand supermarché dans lequel les gens prennent un peu à gauche et un peu à droite, un peu de résurrection par-ci et un peu d'incarnation par-là, hors de toute institution et de toute idéologie officielle. » L'œuvre des Wachowsky croule sous les références mythico-religieuses. Pour y voir plus clair, on peut lire l'article de Pierre-Louis Chantre : La Religion de Matrix, où l'on apprend que le film est utilisé dans les écoles allemandes pour les cours d'instruction religieuse. Le film pose aussi la question de la réalité et de l'illusion, et là, il faut réviser son Platon. Les références cinématographiques et littéraires sont, quant à elles, compilées dans cette vidéo : Everything is a remix, 6'30 frénétiques. Sinon, un Youtuber s'est amusé à remplacer la bande-son de Matrix par des sons 8-bit issus de jeux vidéo rétro, c'est tendance (mais ça fait quand même un peu mal à la tête).

Matrix d'Andy Wachowski et Larry Wachowski – Jeudi 20 juillet 2017 à 18h30
Matrix Reloaded d'Andy Wachowski et Larry Wachowski – Jeudi 20 juillet 2017 à 21h15

Noirceur flamboyante

Noirceur flamboyante

Écrit sur du vent fait partie des somptueux mélos réalisés par Douglas Sirk, le maître du genre dans les années cinquante. Basé sur un fait divers et raconté en flash-back, ce drame familial aux airs de tragédie antique réunit un casting classieux. Les vertueux Rock Hudson et Lauren Bacall face à Robert Stack et Dorothy Malone, héritiers dépravés. Alcool et pétrole, luxe et virées en décapotables, impuissance et nymphomanie, cœurs brisés et frasques en tous genres... Un univers impitoyable avant Dallas et des sentiments aussi violents que les couleurs Technicolor. Le film est le pendant pessimiste de Géant, autre saga pétrolière de Georges Stevens de la même année. Mais aussi le « film jumeau », selon Sirk, de La Ronde de l'Aube qu'il tourne deux ans plus tard avec Hudson, Stack et Malone. Écrit sur du vent vaut à l'actrice son unique Oscar, reçu des mains de Jack Lemmon. Grand succès au box office, ce mélodrame est cité par le BFI parmi les films qui ont inspiré Rainer Werner Fassbinder, ardent admirateur de Sirk. « Rock Hudson dans Écrit sur du vent, c'est vraiment la salope la plus endurcie de la terre... » peut-on lire dans un texte signé du cinéaste allemand qui vaut le détour.

Écrit sur du vent de Douglas Sirk – Lundi 24 juillet à 14h30

John + Gena

John + Gena

Parmi les plus beaux couples de cinéma, il y a John Cassavetes et Gena Rowlands. Cinéaste inclassable et muse indéfectible. Retour sur l'une des plus belles pages du cinéma américain contemporain : Pourquoi Cassavetes est-il un grand cinéaste incontournable et éternel. Gena Rowlands confie avoir « toujours été surprise de la connaissance qu'avait John des sentiments féminins, de sa profonde tendresse pour les personnages de femmes ». De l'admiration pour l'homme, Peter Falk en avait aussi. Il en parle dans cet entretien réalisé en 1984 pour l'émission Cinéma cinémas. Cassavetes est encore aujourd'hui adulé et c'est Emmanuelle Bercot (qui ne commence jamais un tournage sans regarder un de ses films) qui en parle le mieux : « un cinéaste de l'âme humaine, qui relève du génie, aimant travailler dans la joie, dans l'amusement et en famille. C'est d'une telle liberté que ça donne des ailes. » Le film préféré de la réalisatrice : Une femme sous influence.

Une femme sous influence de John Cassavetes – Lundi 17 juillet 2017 à 14h30

La playlist de la semaine #4

La playlist de la semaine #4

Laura – Frank Sinatra > Laura d'Otto Preminger
Samedi 15 juillet à 14h30

Chim Chim Cher-ee – Richard M. Sherman > Mary Poppins de Robert Stevenson
Lundi 17 juillet 2017 à 15h00

Clubbed to death – Rob D > Matrix des Wachowski
Jeudi 20 juillet à 18h30

A little less conversation - Elvis Presley > Lilo et Stitch de Chris Sanders et Dean DeBlois
Vendredi 21 juillet 2017 à 15h00

Written on the wind - The Four Aces > Écrit sur du vent de Douglas Sirk
Lundi 24 juillet à 14h30

Ich bin von Kopf bis Fuss auf Liebe eingestellt – Marlene Dietrich > L'Ange bleu de Josef von Sternberg
Jeudi 27 juillet à 14h30

America – Leonard Bernstein > West Side Story de Robert Wise
Vendredi 28 juillet à 19h30

My heart will go on – Céline Dion > Titanic de James Cameron
Samedi 29 juillet 2017 à 19h